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Voyage éclair à la Baie James

Voyage éclair à la Baie James - Jason Veitch

Huit-cents kilomètres, près de quatre heures de trajet ! Le Cessna atterrit sur l’unique piste de l’aérodrome de Fort-Rupert. Nous avions survolé des contrées enneigées et désertiques à part quelques caribous qui couraient, effrayés par notre avion. J’allais maintenant rencontrer des habitants à la vie, hors du temps. J’étais invité par des gens rencontrés à Montréal. Nous avions alors sympathisé et quand je leur avais parlé de mon envie de pêcher dans la Baie James, ils m’ont tout de suite offert le gîte, ici à Fort-Rupert. Nous avions planifié la randonnée pour le printemps, et me voici sur place.

En descendant du Cessna, je les aperçus près des hangars, me faisant de grands gestes.

- Alors, le voyage s’est bien passé ?

Je pris le temps d’embrasser sa femme et de serrer la main de William, tout en regardant le paysage rare pour le gars de la ville que j’étais. Je n’avais jamais mis les pieds dans une telle région.

- Pas mal, j’ai survolé des endroits étonnants. Comment faites-vous pour vivre ici l’hiver ?

- Il y a une vie communautaire très développée. Nous vivons pratiquement les uns chez les autres, tu sais. Bon, demain, on y va. T’es toujours ok ?

- De plus en plus, Will. Qu’est-ce qu’on va pêcher ?

- On a le choix : le doré jaune, le grand brochet du nord, l’omble de fontaine et le touladi. Mais c’est très réglementé. On ne pourra garder qu’une quantité restreinte de chaque espèce, en plus de ce qu’on va se mettre dans le ventre, car je te préviens, on va en manger du poisson !

- Parfait, j’adore ! Et la nuit, on campe ?

- Non, j’ai une cabane équipée alimentée par générateur, on va y être comme des rois.

- Et Mary, elle vient avec nous ?

- Non, elle déteste la pêche. Elle va être heureuse dans son club. Je ne sais pas ce qu’elles se disent, mais chaque fois qu’elle en revient, elle est radieuse. Tout le monde est content comme ça.

Une sorte de résignation se lut sur le visage de William. Cela ne m’étonnerait pas qu’il aurait mieux aimé qu’elle nous accompagne, mais il a l’air de s’en satisfaire. Après tout, ça le regarde. Je changeais de sujet :

- Pour les frais de séjour, tu me diras ce que je te dois.

- Mais t’es sourd ou quoi ! Je t’ai dit que je t’invitais ! Ici, tu n’as pas besoin de te faire uneplanification financière personnellepour bien vivre. Ton argent, garde le pour les loisirs de la ville, c’est assez cher, alors qu’ici, la nature, elle est quasiment gratuite. Bon, comme je suppose que tu n’es pas équipé, j’ai prévu tout ce qu’il faut : combinaison étanche, sous-vêtement ultra chauds, et le plus important, le matériel : la ligne, l’épuisette et les mouches de rechange. Allez, on va passer une bonne nuit et demain, on se lève avant le soleil, on prend l’hydravion et hop...

Je le regardais d’un air interrogateur.

- Oui, je pilote comme un chef ! Tu verras.

Je passais une nuit comme je n’en ai jamais connue, et le lendemain, ma montre indiquant six heures, je me suis levé. J’ai trouvé Mary occupée dans la cuisine.

- Bonjour Mary, Will est déjà prêt ?

- Écoute, il y a un gros problème. Willy est malade comme un chien, il a attrapé un virus, et j’ai fait venir le médecin, il doit garder le lit au moins huit jours. Ici, on se soigne avec des plantes et c’est bien plus efficace, mais ça dure plus longtemps.

J’allais le voir dans sa chambre. Il était très faible et bouillant.

- Mon pauvre vieux, te voilà bien arrangé.

- Je suis désolé pour toi, je ne veux pas t’imposer une semaine ici à ne rien faire, ce serait mortel pour toi. Si tu veux, on peut remettre ça au mois prochain, non ?

- D’accord, ne t’en fais pas pour moi, je reprends l’avion et j’attends ton appel pour reprogrammer notre partie de pêche.

Et voilà comment quelques malheureux petits virus m’ont privé de mon rêve, mais ce n’était tout compte fait, que partie remise.

À propos de l’auteur :

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